La périostite tibiale, souvent appelée syndrome de stress tibial médial (MTSS), est une douleur fréquente chez les coureurs et les sportifs pratiquant des activités avec impacts répétés.
Elle apparaît généralement sur le bord interne du tibia, le plus souvent dans son tiers inférieur, et survient progressivement avec l'augmentation de la charge d'entraînement.
Mais attention : toutes les douleurs tibiales ne sont pas des périostites.
Le diagnostic différentiel à ne surtout pas manquer est celui de la fracture de fatigue.
Périostite vs. fracture de fatigue : comment faire la différence ?
La localisation et surtout l'étendue de la douleur à la palpation donnent des éléments importants lors du bilan clinique.
Dans le syndrome de stress tibial médial, la douleur est généralement retrouvée sur une zone relativement étendue, supérieure ou égale à 5 cm, le long du bord postéro-médial (intérieur) du tibia.
À l'inverse, une douleur très localisée sur quelques centimètres (2-3cm) doit davantage faire suspecter une atteinte osseuse plus focale, notamment une fracture de fatigue.
Ce critère ne permet évidemment pas, à lui seul, de poser un diagnostic. Il doit être interprété avec l'ensemble de l'examen clinique et, lorsque cela est nécessaire, des examens complémentaires.
Mais, on admet maintenant que :
Douleur sur une zone >5cm → compatible avec un syndrome de stress tibial médial
Douleur sur une zone <5cm → doit évoquer une possible fracture de stress
Douleur sur une zone <5cm → doit évoquer une possible fracture de stress
Challenge Turku 2026 - Half Distance - François Martin
Thibaut Rigaudeau et François Martin (Guide) en footing avant les championnats de France para-triathlon de Cabourg en septembre 2025
Quels sont les symptômes ?
La présentation classique associe plusieurs éléments :
- une douleur située sur le bord interne du tibia, généralement dans sa partie moyenne à inférieure et sur une zone >5cm
- une douleur apparaissant au début d'une activité avec impact, diminuant ou disparaissant pendant et qui se réveille à l'arrêt de l'activité et dure une ou plusieurs heures ensuite et s'exprimer également le lendemain matin
- Une douleur avec une sensation d'échauffement / de brûlure.
Que faire en cas de périostite tibiale ?
L'objectif premier est de réduire temporairement les contraintes qui dépassent la capacité d'adaptation du membre inférieur, puis de reconstruire progressivement cette capacité.
Dans un premier temps, il peut être nécessaire de diminuer la charge en course à pied : réduire le volume, la fréquence ou l'intensité des séances, et notamment les contraintes les plus importantes comme les accélérations, les côtes ou les séances rapides.
Cela ne signifie pas nécessairement arrêter toute activité physique. Selon l'irritabilité des symptômes, certaines activités moins contraignantes pour le tibia peuvent être conservées, comme vélo, natation, ou même certains sports à impacts modérés (sports de raquette, voleyball, etc). L'idée est de maintenir le niveau d'activité autant que possible tout en contrôlant la charge appliquée au tibia.
Cette gestion de charge doit cependant être individualisée. La périostite est une atteinte multifactorielle : l'évolution récente de l'entraînement, les capacités musculaires, la biomécanique du membre inférieur, les caractéristiques du pied, la récupération ou encore les antécédents peuvent participer au développement des symptômes. Les données récentes ne permettent donc pas d'identifier un facteur unique responsable de la périostite. (Saad et. al, 2025)
La reprise de la course à pied doit ensuite être progressive et guidée par la réponse aux charges. On peut progressivement réintroduire les sauts puis la course, et ensuite augmenter le volume, l'intensité, les variations de terrains, etc.
Il n'existe toutefois pas de protocole universel de reprise spécifiquement validé pour la MTSS. Les recommandations disponibles sont en grande partie extrapolées des données sur les lésions de stress osseux tibiales, pour lesquelles les critères de reprise restent eux-mêmes hétérogènes. (George, Sheerin, Reid, 2024)
Reconstruire et ré-habituer aux contraintes : l'importance du renforcement
Le renforcement musculaire occupe une place importante dans la rééducation, mais son objectif n'est pas simplement de « renforcer pour faire disparaître la douleur ».
L'enjeu est de restaurer la capacité du membre inférieur à produire et absorber des forces répétées, puis de transférer progressivement cette capacité vers les contraintes spécifiques de la course.
Les recherches récentes mettent notamment en évidence l'intérêt d'évaluer la fonction musculaire de la cheville et du pied. Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2024-2025 retrouve notamment des associations entre la MTSS et certains paramètres du pied, de la mobilité et de la force musculaire, avec notamment la force d'éversion parmi les facteurs étudiés.
Le travail ne doit donc pas se limiter au mollet. Selon le bilan, il peut inclure :
- les fléchisseurs plantaires : le soléaire et les gastrocnémiens, le long fléchisseur de l'hallux
- les muscles inverseurs et éverseurs du pied
- les muscles intrinsèques du pied
- les muscles de la hanche et du membre inférieur, lorsque des déficits sont identifiés, puis progressivement des exercices plus fonctionnels permettant de préparer le membre aux contraintes de la course.
Enfin, lorsque la force a été suffisamment développée, il faut progressivement réexposer le membre aux contraintes auxquelles il devra faire face en course : sauts, pliométrie, accélérations, changements d'allure, côtes puis entraînement spécifique.
Une étude randomisée publiée en 2025 a notamment étudié l'ajout d'un programme d'exercices de la jambe chez des coureurs présentant une MTSS.Le programme associait renforcement des fléchisseurs plantaires et inverseurs, travail des muscles intrinsèques du pied, exercices sensori-moteurs et travail de mobilité. Les exercices étaient progressivement chargés, jusqu'à des intensités élevées.
L'ajout de ce programme n'a pas entraîné de diminution supplémentaire significative de la douleur par rapport au traitement multimodal seul, mais il a amélioré certains paramètres de posture du pied et la qualité de vie.
L'ajout de ce programme n'a pas entraîné de diminution supplémentaire significative de la douleur par rapport au traitement multimodal seul, mais il a amélioré certains paramètres de posture du pied et la qualité de vie.
Alors, on comprend que le renforcement n'est probablement pas une solution isolée et pas réellement un traitement en soir.
Il s'intègre dans une prise en charge globale associant gestion de la charge, développement des capacités musculaires et reprise progressive des impacts et permet d'éviter le retour des symptômes. L'objectif final n'est donc pas seulement d'obtenir une jambe « plus forte », mais surtout une jambe capable de tolérer la répétition des contraintes imposées par la course.
Il s'intègre dans une prise en charge globale associant gestion de la charge, développement des capacités musculaires et reprise progressive des impacts et permet d'éviter le retour des symptômes. L'objectif final n'est donc pas seulement d'obtenir une jambe « plus forte », mais surtout une jambe capable de tolérer la répétition des contraintes imposées par la course.
Toutes ces composantes rendent la complexité de la périostite évidente, et le traitement doit être individualisé et adapté. Les professionnels de santé sont ainsi les mieux placer pour vous accompagner dans le traitement de cette pathologie et cet article ne s'y substitue dans aucun cas. :)